mercredi 7 avril 2010

En mille morceaux

On m'a un jour dit que les projets étaient des brouillons d'avenir et qu'il fallait d'ailleurs parfois plusieurs brouillons pour construire l'avenir. Moi je me dis qu'on doit tous être fait de tonnes de brouillons. Bien plus que des projets, ce sont ces brouillons qui nous ont construit, des bribes de notre passé constructeurs de notre présent, bienfaiteurs de notre avenir.

Alors j'y repense à mes brouillons d'enfant, mes brouillons d'ado, mes tout nouveaux brouillons d'adulte, des brouillons encore et encore...

Et je me dis parfois que partout où l'on passe, on laisse quelques brouillons, dans le fond d'un placard, dans une boite à crayons, au milieu d'un grenier. Je me demande alors si je retrouverai mes brouillons éparses, sans les comprendre vraiment, sans les jeter pourtant.

Je retourne parfois dans ma maison d'enfance. Je me heurte souvent à mes brouillons d'enfant. J'ouvre mes boites à secrets et je revis l'éclat de rire d'un temps passé associé à un simple bracelet de perles. L'odeur du printemps me rappelle des jours heureux. Les petits carnets où je notais religieusement mes pensées rebelles me font sourire, et je me dis que finalement, je n'ai jamais vraiment changé. J'ai longtemps lutté pour qu'on ne déplace pas mes brouillons, qu'on les laisse là où je les ai laissé en partant un jour. Aujourd'hui, je pense au jour où mes brouillons seront dans des gros cartons et imagine avec délice les yeux malicieux que mes enfants peut-être auront en les découvrant.

Je me demande quels brouillons il me reste de Tübingen. Une cuisine dans un placard, des cartons pour le départ, une vieille dame pour maman, les escapades à Metzingen, à Esslingen, à Ulm, à Stuttgart... puis Munich, plus tard Berlin, Dortmund...

Je me demande quels brouillons il me reste de Clermont. Des rideaux rouges, une chanson pour Luke et ses beaux yeux, les bouclettes de Layla, la soirée pizza pour mon anniversaire, les soirées karaoké avec les voisins, le lit à l'étage, le poster de Nina Ricci, la mi-baguette que me gardait la boulangère du coin, les journées ski du massif central, la place de Jaude, les joueurs de Rugby, la bocca chica...

Je me demande quels brouillons il me reste de Copenhague.De ma petite chambre a ce grand appartement, de mes fredag bar, de Vitto qui m'enlace le jour de mon départ camouflant derrière lui mon imprimante pour passer à travers les contrôles aéroportuaires, d'un vieil oncle de campagne avec des idées contemporaines, des plages d'Amager, de mon vélo bleu, de mes livres du flea market de Frederiksberg, des glaces à Nyhavn, de mes voyages à travers l'Europe...

Que reste-t-il aujourd'hui? Un petit ours plus très rose et carnet orange, le goût du borsch encore fumant, les photos des pires soirées et une marguerite autour du cou... et tant d'images. J'oublie peu à peu certaines esquisses du temps qui passe. J'avais pourtant juré de ne jamais oublier le nom de telle rue, de tel bar, de telle place! 

Mais un jour, je sais que les brouillons de mon passé ressurgiront, au moment où je m'y attendrais le moins comme pour me rappeler d'où je viens et par où je suis passée. Un clin d'œil espiègle de la vie qui fera mousser mes fossettes au creux de mes joues.

Parce que finalement, on est tous fait de mille morceaux.

2 commentaires:

Blandine a dit…

Super!!! J'adore te lire, tu écris bien. Continu!

Steph' a dit…

Merci ma Blandine pour tous les gentils messages que tu me laisses! J'espère que tu vas bien et que l'on se reverra vite.
Je t'embrasse!