Un dimanche d'automne je me rends dans mon jardin secret. Sur le chemin, une petite fille agite ses petits bras autour d'elle, un flacon de parfum dans ses mains serrées. "On va parfumer toutes les rues, toutes toutes toutes. Comme ça, toutes les rues elles sentiront toutes 'bonnes' ". Je lui souris sans qu'elle me voit. Ses parents, quand à eux restent de marbre face à la nouvelle invention de leur petite.
Toute retournée par cette volonté de refaire le monde de la petite fille, j'entre dans mon jardin secret et m'assois sous l' Arbre de Paix. Un rayon de soleil vient illuminer mon visage. Je ferme les yeux et laisse divaguer ma pensée profitant au mieux de ce moment de répit.
Tout à coup, je suis réveillée par le Génie du Jardin. Un homme venait de l'apporter à mes pieds à l'aide d'une médiocre chariote. Le Génie est là, devant moi. Il semble tourmenté. Le bleu de ses yeux me vient droit au cœur et me bouleverse. Un attroupement de curieux nous entoure. Il me tend la main. Surprise, je me lève et lui serre cette main d'artiste qu'il tient devant moi. Ma timidité reprend le dessus sur cet instant magique. Mes doigts se faufilent entre les siens, je m'assois à nouveau. Son regard reprend sa tristesse de comédien dramatique.
Un petit garçon vient me voir et me dit "Mais non t'as pas compris. Il veut que tu le boulverses. Il veut que ce sois toi qui lui fasse tourner la tête. Regarde!" Gonflé d'un sentiment héroïque, le petit bonhomme sort des rangs et sert la main du Génie qui se met à tourner tourner tourner...
Puis le Génie repart, en me lançant un dernier regard attendri.
La foule de curieux se dissipe. Les enfants entourent le Génie. Je ferme à nouveau les paupières laissant ce soleil d'automne pénétrer à nouveau dans mon esprit. Mes pensées s'accélèrent...
Sous mon Arbre de la Paix, je revois ma boite à ratés, la même que celle que tout le monde a au fond de soi.
Il y a quelque temps, j'ai été enfermée dans la boite à ratés de quelqu'un. Cette personne m'avait déchirée en petit morceaux et puis avait gonflé ses joues tellement fort comme un gamin qui veut faire grossir son ballon de baudruche. Et avec la plus grande force du monde, avait soufflé sur les petits bouts de moi pour m'enfermer dans sa boite à ratés. Pourquoi? Je ne le sais pas vraiment. Peut être avais-je mal compris, mal dit, mal aimé, mal aidé.
Dans mon jardin secret j'ai rouvert ma boite à ratés, celle que je cache depuis trop longtemps. Sous cet arbre de paix j'ai recollé les morceaux qui flottaient dans mon esprit. J'ai retrouvé une histoire grabouillée, pleine de fautes d'orthographe et de tâches d'encre. Et je me suis dit que cette histoire elle devrait pas être dans ma boite à ratés, parce que finalement, avec du recul cette histoire qui a jauni depuis le temps, elle est plutôt pas mal.
Il m'a fallu 4 ans pour rouvrir ma boite à ratés et reconstituer un des brouillons qu'elle contenait. J'espère que ceux qui m'ont enfermés dans les leurs iront un jour sous l'arbre de la paix, qu'ils rencontreront des enfants qui comprennent mieux la vérité que nous et qu'ils se trouveront face au Génie qu'il faut boulverser.
Alors peut-être qu'ils comprendront que même la plus petite des rencontres n'a pas le droit de se finir par un raté...
Et peut-être que leur pensée se sentira soulagée, comme un corps en pleine chute, comme cette "Chute des corps".
La chute des corps, Sophie Flepp, Génie des jardins 2008
Toute retournée par cette volonté de refaire le monde de la petite fille, j'entre dans mon jardin secret et m'assois sous l' Arbre de Paix. Un rayon de soleil vient illuminer mon visage. Je ferme les yeux et laisse divaguer ma pensée profitant au mieux de ce moment de répit.
Tout à coup, je suis réveillée par le Génie du Jardin. Un homme venait de l'apporter à mes pieds à l'aide d'une médiocre chariote. Le Génie est là, devant moi. Il semble tourmenté. Le bleu de ses yeux me vient droit au cœur et me bouleverse. Un attroupement de curieux nous entoure. Il me tend la main. Surprise, je me lève et lui serre cette main d'artiste qu'il tient devant moi. Ma timidité reprend le dessus sur cet instant magique. Mes doigts se faufilent entre les siens, je m'assois à nouveau. Son regard reprend sa tristesse de comédien dramatique.
Un petit garçon vient me voir et me dit "Mais non t'as pas compris. Il veut que tu le boulverses. Il veut que ce sois toi qui lui fasse tourner la tête. Regarde!" Gonflé d'un sentiment héroïque, le petit bonhomme sort des rangs et sert la main du Génie qui se met à tourner tourner tourner...
Puis le Génie repart, en me lançant un dernier regard attendri.
La foule de curieux se dissipe. Les enfants entourent le Génie. Je ferme à nouveau les paupières laissant ce soleil d'automne pénétrer à nouveau dans mon esprit. Mes pensées s'accélèrent...
Sous mon Arbre de la Paix, je revois ma boite à ratés, la même que celle que tout le monde a au fond de soi.
Il y a quelque temps, j'ai été enfermée dans la boite à ratés de quelqu'un. Cette personne m'avait déchirée en petit morceaux et puis avait gonflé ses joues tellement fort comme un gamin qui veut faire grossir son ballon de baudruche. Et avec la plus grande force du monde, avait soufflé sur les petits bouts de moi pour m'enfermer dans sa boite à ratés. Pourquoi? Je ne le sais pas vraiment. Peut être avais-je mal compris, mal dit, mal aimé, mal aidé.
Dans mon jardin secret j'ai rouvert ma boite à ratés, celle que je cache depuis trop longtemps. Sous cet arbre de paix j'ai recollé les morceaux qui flottaient dans mon esprit. J'ai retrouvé une histoire grabouillée, pleine de fautes d'orthographe et de tâches d'encre. Et je me suis dit que cette histoire elle devrait pas être dans ma boite à ratés, parce que finalement, avec du recul cette histoire qui a jauni depuis le temps, elle est plutôt pas mal.
Il m'a fallu 4 ans pour rouvrir ma boite à ratés et reconstituer un des brouillons qu'elle contenait. J'espère que ceux qui m'ont enfermés dans les leurs iront un jour sous l'arbre de la paix, qu'ils rencontreront des enfants qui comprennent mieux la vérité que nous et qu'ils se trouveront face au Génie qu'il faut boulverser.
Alors peut-être qu'ils comprendront que même la plus petite des rencontres n'a pas le droit de se finir par un raté...
Et peut-être que leur pensée se sentira soulagée, comme un corps en pleine chute, comme cette "Chute des corps".
Photos prises lors de l'expo "Génie des jardins" des 26 et 27 septembre 2008