vendredi 1 août 2008

Fin de l'acte... rideau.

Il y a, je crois des moments de notre vie où l'on sent que le sol censé nous retenir se dérobe peu à peu sous nos pieds. Ce genre de passages à la fois agréables et déagréables où l'on signe d'une plume fébrile la fin d'un chapitre: une page du Grand Livre de notre Histoire se tourne, pour le meilleur ou pour le pire... mais quoiqu'il advienne certains personnages, certains ressentis, certaines images des chapitres précédents restent ancrés dans notre mémoire, nous donnant parfois un pincement au cœur, parfois un sourire aux lèvres...

Alors voilà, la page du chapitre ”Copenhague” est en fin d'écriture. Bientôt, Paris prendra toute la place avec une autre histoire, d' autres personnages et d'autres lieux. Peu à peu, Copenhague tirera sa révérence et son souvenir éphémère s'essoufflera comme sur un tableau de craies.

Mais pour l'instant cette page de fin de chapitre est encore difficile à tourner. Elle est lourde et fait même mal... parce que finalement je m'y trouvais bien dans ce chapitre... malgré quelques bavures et quelques ratés; on m'a dit qu'il ne fallait rien regretter...

Avant les trois coups du brigadier sur la scène de ma nouvelle vie, j'aligne les images de mes souvenirs comme pour tisser un fil de soie quasi-invisible, sur lequel je pourrai me promener lorsque la nostalgie d'un temps passé m'emportera dans les mailles trop serrées de ses filets.

Je m'évaderai dans mes rêves de longues soirées d'hiver accordées du pincement trop sec des cordes d'une guitare acoustique. Les cantiques d'une voie italienne m'accompagneront sur le chemin de mes souvenirs. Sur mon fil invisible, je suivrai les grands blonds en danseuse sur leurs bicycles flambant neufs. Les insultes de leurs sonnettes agressives du matin deviendront carillons d'un couché de soleil sur la mer. Il m'arrivera même de chercher mon vélo bleu rouillé et de m'imaginer longeant les lacs, la main droite dressée pour marquer l'arrêt, alors que chez moi on aurait cru que je salue un passant. Parfois je me surprendrais à regretter l'ersatz de fromage au jambon étalé sur une tranche de pain frais le vendredi matin. Il m'arrivera même d'espérer entendre parler hollandais autour de moi et de me dire qu'ils étaient adorables tous ces petits geeks. Je regretterai sans doutes les soirées trop arrosées du mercredi soir au LA, pestant contre ce foutu 85N qu'il fallait attendre des heures alors que le froid scandinave nous fouettait le visage. J'attendrai ma libellule le soir dans ma petite chambre devenue rapidement sa résidence secondaire. Comme souvent nous prendrons une soupe de mauvais goût sur cette table trop petite, nous parlerions des heures en tentant vainement de refaire le monde, un verre de presque-Martini à la main. Comme souvent, nous irions clopin-clopan mais heureuses et nous reviendrions alors que le jour se lève sur la capitale danoise. Je déplierai le vieux lit que je cachais jalousement et qui était vraiment trop petit pour les grandes jambes de ma scandinave. Je me prendrai à espérer des ”jeg elsker dig” sans lendemain chuchotés dans le creux de l'oreille le soir d'un été envoutant alors que ces mots doux se trompaient de destinataire. Et puis je l'attendrai, je l'espèrerai... Je revisiterai ces moments interdits que j'ai tellement attendu sans qu'ils (il?) ne m'appartiennent jamais... et finalement qu'ils (il) m'échappent pour de bon. Mes pensées s'évanouiront dans la pureté d'un parc couvert de neige et des ballades américaines sur des chemins à peine visibles. Le cœur gros, je survolerai Berlin, Oslo et même Moscou. Mes dimanches à la campagne et l'odeur d'une cuisine sudiste m'empliront l'esprit. Ma famille d'adoption me manquera chaque jour un peu plus... Et puis je me demanderai où sont les chanteurs indiens d'ocarina sur Rådhuspladsen, où sont ces artistes d'un soir de la Strøget? Je me perdrai dans cette ville où les plus pauvres sont dignes des plus grands spectacles. Et puis il m'arrivera même de penser à lui. Celui avec qui j'ai vécu un an durant, nuit et jour l'insultant et l'aimant, le haïssant et l'admirant; celui pour qui la vue d'une marguerite n'aura jamais plus la même signification; celui qui fait la fierté de son pays et qui signait ses œuvres d'une simplicité déroutante comme l'écorce d'un arbre que l'on graverait d'un coup de couteau vieilli, deux lettres mais tout un symbole ”GJ”.

Copenhague est encore avec moi et m'échappe pourtant déjà. Un tournis m'envahit faisant le vide à mes côtés, Paris c'est à toi! Prouve moi que tu gardes dans ton ventre des Hommes de Cœur, pour que l'oubli de Copenhague me fasse moins peur...

Le rideau de velours finira par tomber - Régie, abaissez les lumières - Fin de l'acte - Mesdames Messieurs applaudissez.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Coucou cousine,

Je viens juste de prendre le temps de jeter un œil à ton blog... Eh ben dis donc, j'ai du souci à me faire.
Au-delà de la belle aventure humaine et professionnelle que tu nous fait partager, c'est drôlement bien écrit!
Pour ma part, fini les grands stades, les grands joueurs et les 3e mi-temps. La raison familiale - mon Camille et sa "Vava" valent bien mieux qu'un ballon ovale - l'a emporté sur la passion. Du M*** O*** je suis revenu à la D*** du M*** (c'est le même groupe), alors forcément il y a moins de frissons mais je suis plus souvent à la maison. Je découvre aussi le management des hommes et le cumul du stress (une zone de 60000 habitants où on tremble toujours de rater un fait-divers). Sinon notre Valentine s'épanouit bien... Une belle brune aux yeux bleus: c'est ma Monica Bellucci! Quant à Camille, la première année d'école est déjà terminée et, en ce moment, il fait tourner la tête de ses papys-mamys où il est en vacances.
Le temps passe si vite, alors profite bien de ces belles années de voyage!

Gros bisous d'Aurélia, Camille et Valentine!

BAPTISTE